1. Ai-je peur d'être perçu comme un homme « de droite », un « fanatique »,
un « traditionaliste », ou quelqu'un qui a perdu le contact avec son
peuple? La question qu'il faut se poser ici est la suivante,
« Pourquoi ai-je été ordonné? » Si nous avons été ordonnés pour être les
pasteurs de notre peuple, pour le conduire, alors notre tâche est de
l'aider à connaître et à pratiquer la vérité. Nous n'avons pas à nous
laisser mener par une faction quelconque, qu'elle soit de « droite » ou
de « gauche ». Nous avons à conduire notre peuple vers la vérité. Si, en
faisant cela, on nous colle une étiquette, quelle importance? Si les
gens peuvent nous influencer en nous cataloguant, n'est-ce pas un signe
de faiblesse de notre part? Que ferons-nous alors s'il nous
« étiquettent » simplement parce que nous sommes prêtres ou catholiques?
2. Ai-je peur qu'on dise que je n'ai qu'une seule idée en tête? D'un
certain point de vue, cette peur est sans fondement. Les questions que
nous abordons sont nombreuses. La véritable crainte est celle-ci, « Que
va-t-il se passer si je parle de l'avortement, même une seule fois? »
D'un autre point de vue, il est vrai qu'il n'y a qu'une seule question
qui se pose, parce que s'il n'y a pas la vie, il ne peut pas y
avoir d'autres droits et personne n'est là pour en discuter.
3. Est-ce que je risque de perdre le droit d'émettre des reçus pour fins
fiscales si je parle de l'avortement? Non, la loi ne nous interdit
pas de parler de questions de politique générale.
4. Est-ce que je vais faire fuir les femmes qui ont eu un avortement?
C'est pour aider ces femmes-là que nous prêchons sur l'avortement
et pour empêcher que d'autres femmes ne commettent la même erreur. Une
femme qui a subi un avortement nous a écrit pour nous dire de ne pas
avoir peur d'en parler : « Je ne peux m'empêcher de penser que si
j'avais entendu dire à l'église que l'avortement est un mal... j'aurais
peut-être choisi de garder mon enfant plutôt que de le tuer. » Si nous
condamnons l'avortement, nous proclamons aussi le pardon et la guérison.
Les spécialistes qui traitent le syndrome post-avortement nous disent
qu'il est essentiel que la femme « cesse d'utiliser des
mécanismes de défense comme la négation, le refoulement et la
rationalisation de l'avortement « (Dr Philip Mango, The
Consequences of Abortion and Their Treatment, août 1990). Elle doit
accepter le fait que son bébé a été tué. Nous pouvons l'aider sur la
voie de la guérison en proclamant la vérité sur l'avortement et la
réalité du pardon. Lorsque nous parlons de l'avortement, nous lui
disons, « Nous sommes avec vous ». Notre silence lui dit, « Ça ne nous
intéresse pas ».
5. Ai-je peur de m'aliéner certains de mes paroissiens? Nous ne
cherchons certainement pas à offenser ou à nous aliéner qui que ce soit
dans la paroisse. Nous sommes des réconciliateurs. Mais, par la même
occasion, celui avec qui nous réconcilions le peuple, c'est Dieu. Faire
en sorte que les fidèles viennent dans notre paroisse constitue un
aspect de notre mission; l'autre aspect est de s'assurer que lorsqu'ils
y viennent, ce soit pour entendre la totalité du message que Dieu nous
transmet par son Église. Ce n'est pas une faveur que nous leur
accordons; ils ont le droit, en toute justice, d'entendre toute la
vérité sur l'enseignement de l'Église. S'imaginer que vous pouvons
remplir fidèlement ce devoir sans jamais s'aliéner qui que ce
soit, c'est ne pas tenir compte du fait que le Christ lui-même s'est
aliéné certaines gens (voir, par exemple, la conclusion de son discours
eucharistique dans Jean 6) Pouvons-nous faire mieux que lui? Sans être
intentionnelles, ces aliénations sont inévitables. C'est là le mystère
de la liberté. Certains se sont eux-mêmes aliénés de la vérité sur
l'avortement. Si nous révélons fidèlement cette vérité, il est possible
qu'ils décident de s'aliéner de nous également. Ce qui n'est pas la même
chose que si « nous les faisions fuir » en étant la cause de leur
aliénation du fait d'une négligence ou d'une méchanceté de notre part.
6. Ai-je peur de « diviser ma paroisse »? Le fait est que toutes les
paroisses sont déjà « divisées », en ce sens que les gens ont des points
de vue différents sur la question de l'avortement. Si nous évitons d'en
parler, nous pourrons peut-être masquer cette division pendant un moment
mais ce n'est pas ce qu'on peut appeler l'unité. L'unité se fonde sur la
vérité et on l'obtient par une claire présentation de la vérité. « Pour
moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les
hommes » (Jean 12.32). Ce ne sont pas nos plans, nos efforts et nos
projets humains qui nous permettent de construire l'unité. Nous la
construisons en proclamant sa Parole, sans ambiguïté ni excuse. Certes,
cela créera un peu de division, pour la même raison qu'il y aura un peu
d'aliénation. Mais la Parole elle-même en est la cause. « Pensez-vous
que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, je vous le dis,
mais plutôt la division » (Luc 21.51). C'est la division entre la vérité
et l'erreur, entre la grâce et le péché, entre la vie et la mort. Cette
division doit survenir avant que l'unité ne soit possible; sinon, cette
unité ne sera que superficielle et illusoire.
7. Ai-je peur qu'en parlant d'avortement je sois également forcé de parler
de contraception? En tant que prêtres, nous avons l'engagement
public d'enseigner ce que l'Église enseigne. Non seulement y a-t-il un
lien entre l'avortement et la contraception, mais il existe aussi une
unité et un lien merveilleux entre toutes les vérités que
l'Église proclame. La vérité forme un tout organique parce que, en
définitive, le message est une Personne, Jésus-Christ. « N'ayez pas
peur; je serai toujours avec vous. » On chante si souvent ces paroles
aujourd'hui dans nos églises. Ce sont des paroles qui s'adressent à
nous, les prêtres. Jamais au cours de l'histoire nous n'avons disposé
d'une aide comparable, particulièrement à travers les enseignements du
Pape et les commentaires fidèles à ces enseignements, pour enseigner la
vérité au sujet de la contraception. Sachons utiliser l'aide mise
aujourd'hui à notre disposition.
8. Est-ce que je n'ai tout simplement pas le temps d'en faire plus?
Une grande partie de ce que nous sommes appelés à faire pour la défense
de la vie ne nous demande pas beaucoup plus de temps. Cela
demande plutôt plus d'esprit. Il ne faut pas plus de temps pour
prêcher sur l'avortement que sur n'importe quel autre sujet. Placer une
annonce pro-vie dans le bulletin paroissial ne demande pas plus de temps
que n'importe quelle autre annonce. Il faudra le même temps pour
encourager un groupe, qu'il soit pro-vie ou non. Par ailleurs, ce sont
ici des vies humaines qui sont en jeu. Nous serions prêts à prendre le
temps de sauver un enfant renversé par une voiture près de notre église,
ne pouvons-nous pas également prendre le temps de faire quelque chose
pour les quelque 300 enfants qu'on démembre littéralement jour après
jour? Tout notre temps appartient à Dieu, de toute façon. Consacrons-en
une plus grande partie pour sauver ses enfants!
9. Ai-je l'impression d'être mal préparé pour parler de l'avortement?
On peut entendre des variations sur ce thème dont nous reparlerons dans
les questions suivantes. En général, il peut exister un manque de
confiance en soi. Dans ce cas, nous pouvons renforcer cette confiance en
nous renseignant sur la question, en discutant avec d'autres prêtres
déjà actifs dans le mouvement, en priant et en acquérant de
l'expérience. Il y a parfois la crainte d'insister à tort sur tel aspect
de la question (« parler trop sévèrement », « engendrer la
culpabilité », « paraître insensible »). Nous pouvons combattre cette
crainte en prenant la résolution, lorsque nous parlons de l'avortement,
de toujours mentionner que les femmes dans le besoin peuvent recevoir de
l'aide et que le Christ, par son Église, est toujours là pour leur
offrir le pardon et la paix.
10. Est-ce que je crois que la question de l'avortement est trop complexe
pour être abordée au cours d'une homélie? Si telle est notre
attitude, posons-nous la question, « En quoi est-elle complexe? » La
question est assurément psychologiquement complexe. Moralement,
cependant, elle est fort simple : l'avortement est le meurtre direct
d'une personne innocente et c'est par conséquent toujours un mal. Rien
ne peut le justifier. Dénoncer le meurtre dans une homélie serait-il
« trop complexe »? Est-il « trop complexe » de signaler une injustice
commise envers les membres les plus désarmés de notre société? Est-il
trop complexe de proclamer que les femmes enceintes peuvent être aidées
et qu'il existe de meilleurs choix que l'avortement? Comment cela
peut-il être plus complexe que de parler du racisme, de la pauvreté, de
la guerre ou de la toxicomanie?
11. Est-ce la complexité d'une grande assemblée diverse qui m'empêche de
parler de l'avortement? Tout bon orateur sait qu'un des principes
fondamentaux de l'art est de connaître son auditoire. Une assemblée
dominicale est très variée au niveau de l'âge, de l'éducation et de la
maturité spirituelle. S'adresser à un tel groupe présente un problème
qui n'est pas limité à la question de l'avortement. N'importe quel sujet
exige que l'on fasse preuve de sensibilité et de prudence. D'autre part,
notre assemblée n'existe pas en vase clos et ces gens ne vivent pas non
plus dans une société chrétienne. Nous devons tenir compte des messages
choquants, déroutants et trompeurs qu'ils entendent constamment en
dehors de l'église. On est en train de corrompre la jeunesse. Notre défi
est de leur faire connaître la vérité pour contrecarrer les erreurs
corruptrices qu'ils entendent ailleurs. Si nous prenons pour critère
dans notre homélie que tout le monde va comprendre immédiatement tout ce
que nous disons, nous nous servons d'un critère irréaliste et inutile.
De plus, les avis seront toujours si différents concernant ce qui est
« approprié » que nous serons toujours un peu critiqués. Nous
devons accepter ce fait. Il faudrait qu'il soit bien entendu que nous
sommes toujours prêts à discuter en privé de toute question ou
interrogation soulevée par notre prédication. Nous devons faire preuve
de prudence mais nous poser en même temps la question, « Si nous ne leur
disons pas la vérité, où donc pourront-ils l'entendre? » Allons-nous
permettre à une société saturée de propagande pro-avortement, et qui
fait tout pour taire la terrible vérité sur l'avortement, d'avoir le
premier et le dernier mot avec le peuple dont nous avons la charge
pastorale?
12. Ai-je de la difficulté à trouver un lien entre l'avortement et les
Écritures? Mon champ d'expertise théologique est précisément les
Écritures et je peux affirmer sans réserve que si les Écritures
n'enseignent pas l'immoralité de l'avortement, elles n'enseignent rien
du tout. Il n'est pas nécessaire que le mot « avortement » apparaisse
dans les textes pour que l'enseignement des Écritures soit parfaitement
clair sur la question. On ne trouve nulle part le mot « Trinité » dans
la Bible, mais elle l'enseigne pourtant. L'avortement est le meurtre
d'un enfant innocent. L'enseignement sur l'avortement est contenu dans
les nombreuses condamnations du meurtre de l'innocent et les nombreuses
instructions sur la charité, particulièrement envers les faibles, les
petits, ceux qui sont sans défense et que la société rejette. On peut
mentionner de nombreux textes, mais il y a par-delà les textes tout
l'esprit et l'ensemble des thèmes qui inspirent les Écritures. Le peuple
de l'Ancien et du Nouveau Testament est appelé à devenir un peuple
saint, une communauté unie à Dieu et unie entre elle par le lien de
l'amour. Cela est possible parce que Dieu en prend l'initiative non
seulement en donnant la vie mais en intervenant pour sauver ceux qui
sont sans défense. Ces événements sont au centre de l'Ancien comme du
Nouveau Testament. L'avortement appartient à une dynamique totalement
contradictoire de pensée et de vie : elle exclut des membres de la
communauté et détruit les faibles au lieu de les défendre. (On peut se
procurer de la documentation sur les rapports spécifiques entre
l'avortement et les Écritures ainsi que des modèles d'homélies en
écrivant à Prêtres Pro-Vie Canada.)
13. Ai-je besoin de ressources supplémentaires? Aucun problème.
Écrivez-nous et nous vous fournirons plus de ressources que vous ne
pourriez jamais en utiliser.
14. Suis-je désabusé en raison du peu de soutien que je reçois lorsque je
parle de l'avortement? Nous ne recevons peut-être pas tout
l'encouragement dont nous aurions besoin de la part de nos frères dans
le sacerdoce, de notre peuple ou des autorités ecclésiastiques. En ce
qui concerne les autres prêtres, l'encouragement à prendre la défense de
la vie est un des avantages que Prêtres Pro-Vie Canada peut vous
procurer. L'aide peut venir d'un chapitre de votre diocèse ou de
contacts avec les autres membres.
Il existe également d'autres mouvements qui peuvent conforter les prêtres
dans divers aspects de leur ministère. En ce qui concerne l'assemblée des
fidèles, l'encouragement est certainement présent. Prenez fermement position en
faveur de la vie et cet appui grandira. Vous entendrez aussi des plaintes, mais
ce ne sont pas ceux qui se plaignent qui auront à répondre devant Dieu de ce que
qui est ou n'est pas prêché du haut de la chaire! Quant à nos évêques et nos
supérieurs religieux, nous devons suivre le conseil de l'Écriture et prier pour
eux et si certains ne nous encouragent pas à parler en faveur de la vie, nous
devrions poliment mais avec fermeté leur demander qu'ils le fassent.
15. Suis-je « refroidi » par l'excentricité de certains pro-vie? Tous
les mouvements ont leurs « excentriques ». Mais si notre première
impression vis-à-vis des « pro-vie » est que ce sont des excentriques,
cela peut vouloir dire que nous avons eu nous-mêmes très peu de contact
avec les personnes dans ce mouvement. Les défenseurs de la vie sont les
gens les plus dévoués et les plus généreux du monde. Ils aiment ceux qui
ne peuvent leur rendre cet amour et ce faisant, ils endurent le ridicule
aussi bien que le coût et les blessures. Le mouvement en faveur de la
vie est le mouvement populaire le plus important de l'histoire du
Canada. Bien sûr qu'il y a des excentriques. Mais il y a aussi des
saints. (Parfois, ces catégories se recouvrent!) Des études montrent que
le mouvement en faveur de la vie, par son expansion et sa variété, est
plus un reflet du Canada que le mouvement en faveur de l'avortement.
Nous sommes par ailleurs tout à fait en mesure de renforcer le mouvement en
faveur de la vie en y amenant le plus de gens possible, y compris des
professionnels dans toutes les disciplines. La paroisse elle-même (conjointement
avec des groupes non catholiques) devrait être le mouvement pro-vie de notre
quartier! Cela dépend de nous! Personne n'est dispensé de devenir « pro-vie ».
Après tout, existe-t-il un autre choix?
16. Ai-je l'impression que les gens entendent déjà suffisamment parler de
l'avortement et qu'ils en savent assez? Bien des prêtres ont ce
sentiment. Considérez cependant qu'après 25 années de lutte contre la
légalisation de l'avortement, tout enfant dans le sein de sa mère est
encore sous la menace d'un avortement légal. Au Canada, on pratique
toujours des avortements au rythme de 100.000 par année et les
catholiques y ont recours tout autant que les autres. La connaissance
fait toujours défaut. La plupart des gens ignorent encore l'ampleur des
avortements, ou les manières révoltantes de les pratiquer, ou encore les
dommages physiques et psychologiques qu'ils causent à la mère. Beaucoup
savent que l'avortement est un mal, mais ne se rendent pas compte à
quel point il est un mal. De plus, connaissance n'est pas vertu.
Notre tâche est de réveiller les gens pour qu'ils fassent quelque chose.
S'ils en savent déjà suffisamment sur la question, où sont nos groupes
locaux pour la défense de la vie? Où sont les centres locaux de
grossesse-secours et les refuges pour mères célibataires? Il en existe
déjà beaucoup, mais il en faudrait tellement plus! Combien de gens
considèrent-ils l'avortement pour ce qu'il est réellement, le meurtre
d'un enfant? Les gens ont plus que jamais besoin d'encouragement de
notre part car ils sont bombardés de mensonges et de slogans
pro-avortement et la peur d'être poursuivis en justice les empêche
d'exercer une activité pro-vie tout à fait légitime. Si nous avons
parfois l'impression de « prêcher à des convertis », pensons que les
gens peuvent quitter le troupeau des convertis, ce qui est exactement ce
que les autres voudraient voir arriver.
17. Ai-je peur de traiter de « questions politiques » Le meurtre des
enfants est-il uniquement une question politique? Du point de vue moral
et spirituel, en quoi l'avortement est-il différent du meurtre d'un
enfant de deux ans? Sommes-nous moins tenus de prendre la défense de nos
frères et sœurs avant leur naissance que lorsqu'ils sont nés?
Devons-nous garder le silence parce que les politiciens parlent de
l'avortement? Il est étrange que l'Église reçoive tant de louanges
lorsqu'elle parle de paix et de justice économique, qui sont aussi des
« questions politiques », mais que les règles changent complètement
lorsqu'il est question d'avortement. Il y a des prêtres qui gardent le
silence en prétextant qu'il s'agit d'une « question politique ». Puis
certains politiciens se taisent eux aussi en affirmant que c'est une
« question religieuse ». Si l'avortement est immoral, où faut-il aller
pour le dire?
L'avortement est en réalité bien des choses. C'est une question de politique
publique que nous avons tous les droits d'influencer. C'est une question morale,
« une question de droits humains fondamentaux pour tous les hommes et les femmes
de bonne volonté » (NCCB, Résolution sur l'avortement, 1989). C'est une
question d'ordre spirituel qui pose le défi de savoir si nous allons
paisiblement continuer à vivre en acceptant le meurtre des enfants dans notre
société, ou si nous allons reconnaître Dieu comme le Seigneur de la Vie et lui
rendre un culte en défendant la vie.
Si c'est la crainte de traiter de questions politiques qui cause problème,
combien plus encore devrions-nous craindre les questions spirituelles où les
puissances guerrières sont bien plus terribles et les enjeux infiniment plus
élevés! Mais nous sommes des prêtres. Nous n'entreprenons pas des tâches avec
nos forces humaines mais en vertu du pouvoir et de l'autorité du Christ. C'est
pourquoi nous ne laissons pas la peur nous empêcher d'agir.
18. Ai-je peur de chercher la confrontation? Chercher la confrontation
n'est pas la même chose que manquer de charité. Notre Seigneur, qui
mangeait avec les pécheurs, les a également affrontés. L'amour exige la
confrontation parce qu'il ne peut trouver de repos tant que l'objet aimé
est empêtré dans le mal. L'amour cherche le bien de l'objet aimé et cela
veut dire qu'il lui faut parfois être dur pour arracher l'objet aimé au
mal. Beaucoup pensent au coût de la confrontation mais oublient qu'il y
aussi un prix à payer pour l'absence de confrontation. Ce prix,
c'est que le mal continue à prospérer, que les relations deviennent
vides et superficielles, et que le véritable leadership disparaît parce
que le leader n'est plus en mesure d'indiquer la bonne voie à suivre et
qu'il finira par perdre le respect de ceux qui se tournent vers lui pour
être guidés.
19. Est-ce que je considère l'avortement comme une cause perdue et par
conséquent une perte de temps? L'avortement est chaque jour une
cause toute nouvelle. Cette cause est la vie qu'on menace
aujourd'hui, la vie qui peut être sauvée aujourd'hui. Chaque jour,
dans notre pays, la cause de l'avortement devient en réalité 300
« causes » - de véritables enfants humains qui ne sont jamais morts
avant ce jour et qu'on destine à la mort. Chaque jour est celui d'une
tragédie nouvelle qui exige une nouvelle réponse. Une cause perdue?
Pourquoi? Parce que nous n'avons plus le droit de parler pour ceux qui
sont sans défense? Parce que nous ne pouvons plus aimer les mères de ces
enfants et leur fournir le nécessaire? Parce que nous ne pouvons plus
aider les gens à voir la vérité sur le mal de l'avortement? Parce que
Dieu n'est plus de notre côté? Parce qu'un gouvernement qui abandonne
ses responsabilités envers les enfants sans défense a finalement le
dernier mot? Non, ce n'est pas le moins du monde une perte de temps.
Nous n'avons aucune raison ni aucun droit de déclarer cette cause
perdue. La question n'est pas de voir des « pro-vie » gagnants ou des
« pro-choix » gagnants. Le fait est que si le mouvement pro-vie ne gagne
pas, personne ne gagne! Nous parlons de l'existence même de la
civilisation humaine! L'erreur de déclarer que des gens n'étaient pas
des « personnes » a déjà était commise dans le passé (le nazisme
allemand, l'esclavage) et elle a été corrigée. Cette erreur peut et doit
être corrigée à nouveau, et elle le sera. Se résoudre à accepter moins
que cela n'est pas simplement abandonner une « cause », c'est commettre
un suicide.
20. Ai-je peur en parlant de l'avortement de permettre à mon « projet
personnel » d'empiéter sur la liturgie? Si défendre les enfants
innocents menacés de mort et pratiquer la charité en aidant les femmes
enceintes dans le besoin n'est qu'un « projet personnel », quel est
alors le projet de l'Église? Comment pourrait-il ne pas inclure
cela?
21. Ai-je des doutes sur la crédibilité de l'enseignement lui-même?
L'enseignement de l'Église tout entier constitue un ensemble
indivisible, une unité vivante. Nous ne verrons pas la pleine
« crédibilité » d'un enseignement quelconque si nous l'isolons de
l'ensemble ou si nous occultons les autres. Il est parfois difficile
d'observer l'enseignement de l'Église sur l'avortement? Certainement.
Mais nous avons également un enseignement sur la grâce, sur la puissance
de Dieu, sur la nécessité de mourir à soi-même, de s'unir au Christ et
de pratiquer la charité. L'enseignement est très crédible et il le sera
aussi pour notre peuple si nous le présentons comme partie intégrante
d'une claire et vigoureuse exposition de la foi catholique tout entière,
et si nous le plaçons dans le contexte d'une vie marquée par la charité,
la compassion et une profonde sainteté.