Je ne suis pas heureuse

  Clara
France,  France
 
 
Avorter est quelque chose de difficile, même si c'est une décision que l'on a prise seule, même si on est convaincue que c'est la meilleure chose que l'on puisse faire, pour nous et pour l'enfant.  J'ai avorté par aspiration il y a maintenant deux mois, à 19ans.  Je prenais la pilule mais aussi beaucoup de médicaments (pour des migraines et pour me soulager des mois précédents qui avaient été très difficiles). Je voyais un garçon depuis longtemps maintenant et j'en étais amoureuse - je le suis toujours d'ailleurs. A cause de changements de pilule et je ne sais, je n'avais pas mes règles depuis le mois de mai. Je faisais des test régulièrement mais ils étaient tous négatifs. Au mois d'Aout, je me suis appercue que malgré une grosse perte de poid, je prenais du ventre.
 Je ne faisais que manger, j'étais tout le temps fatiguée et j'ai mis ca sur le compte d'une petite dépression car je travaillais tout l'été et me sentais très seule. J'ai fini par refaire un test de grossesse qui s'est avéré être positif. J'en avais tellement fait dans ma vie avant que je n'arrivais pas à réaliser que cela pouvait être vrai, que ça arrivait vraiment. J'ai fais faire une prise de sang qui m'a confirmé la grossesse.
 Selon leur tableau, j'étais a plus de 3mois et demi, l'avortement n'était pas possible. Ma mère m'a trouvé en larme, j'avais peur. Après l'échographie de datation, il s’avéra que j'étais a 9semaines et que j'avais encore donc le temps. Un soulagement, presque. Si j'avais le temps, c'est que j'avais le choix. Bien sur, pour ma mère, c'était hors de question que je garde cet enfant. Le père, malgré mon amour, n'est pas l'homme de ma vie et il n'aurait jamais voulu le garder. Il était en voyage, je ne pouvais pas lui parler, je ne savais même pas si je lui manquais. Je me suis pas vraiment posée la question, pour moi c'était 'dans l'ordre des choses' que je me fasse avorter. J'étais étudiante, jeune et j'étais dans une relation qui ne menait nulle part. J'en ai parlé à mes amies, qui ont été là pour moi et pour elle aussi le garder n'était pas la bonne solution. Lorsqu'à l'échographie j'ai entendu le coeur battre. Mon corps s'est détendu. Si de toute ma tête et de tout mon coeur je ne voulais pas cet enfant car c'était impossible... Mon corps était inévitablement fou de ce dernier, l'aimait, le chérissait. J'ai vu le père 1semaine avant l'avortement, je lui ai dis. Ca demande du courage, mais il ne faut pas cacher ce genre de choses, c'est tellement puissant que le cacher détruira une relation, même si le dire est une prise de risque. Il n'a pas vraiment oscillé, pour lui l'avortement était également la seule option
 envisageable. Quand il posait sa main sur mon ventre (je gardais toujours la mienne dessus, comme barrière devant ce monde de brute surement), je me sentais enfin complète.

 L'avortement par aspiration n'est pas quelque chose de simple, même si on se dit qu'on s'endort et qu'au reveil, comme par magie, c'est comme si rien n'avait jamais existé (J'ai choisi l'anesthésie générale). Les comprimés que l'on nous donne déclenche des contractions, la douleur peut etre très forte, j'en ai vomis, j'en pleurais et j'ai même du descendre au bloc plus tot pour qu'ils m'endorment afin de me soulager.. Le père n'était pas là de la journée, ma mère m'avait accompagné et même si on pense que personne ne nous comprend, que cette souffrance ne peut pas être partagée, être avec un proche aide.  Au reveil, on se sent vide, épuisée. Mais je ne me sentais pas coupable. J'en plaisantais presque. La veille, j'ai écris une lettre à l'enfant, peut etre pour soulager ma conscience. Je n'ai pas encore chassé mes propres démons, je n'étais pas prête a chasser les siens.  Je voulais qu'il soit aimé plus que tout, il ne l'aurait ete qu'à moitié. Je n'aurai pas pu lui offrir tout ce dont il avait besoin.
 
Alors oui, j'ai fais le bon choix, j'en étais convaincu. Je le suis toujours quand je vois ma vie aujourd'hui. Ma relation avec le 'pere' ne s'est pas améliorée, on se voit toujours, je l'aime toujours, lui peut etre un peu mais pas comme j'aimerai.
 J

 Je ne suis pas heureuse, et parfois je me dis que s'il avait été la, je l'aurais été pour lui, et par lui. Mais peut etre que non et qu'il aurait souffert.

 Avorter est un choix compliqué car on ne peut pas dire de quoi demain sera fait. Certaines l'on garder et vivent heureuses avec aujourd'hui.
D'autres non. On jalousera toujours celle qui a eu le courage, et qui a été récompensé. On dénigrera toujours au contraire, celles qui l'ont gardé et qui n'arrivent pas. 'Trop jeune, trop stupide'. On trouvera toujours un moyen de pleurer parce que ce bonheur aurait pu etre le
 notre, mais il sera : un jour.
 
Un jour, on sera mère, et des mères formidables, on l'aimera de tout notre coeur et on pourra lui donner ce qu'on ne peut pas aujourd'hui.  Il n'empeche qu'il me manque, que j'ai mal, mais je persiste dans l'idée qu'il m'a pardonné. Qu'il sait que je ne pouvais pas, pas que je ne voulais pas.
   
   
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